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Migrations forcées et mur mondial

  • 25 feb
  • Tempo di lettura: 5 min

Comment les structures coloniales poussent des millions de personnes à émigrer tout en les criminalisant.



Migrations forcées et mur mondial : comment les structures coloniales poussent des millions de personnes à migrer tout en les criminalisant.

Les migrations, telles que nous les connaissons aujourd'hui, ne sont ni spontanées ni un phénomène « naturel ». Il ne s'agit pas de millions de personnes qui « décident » de quitter leur foyer sur un coup de tête, par goût de l'aventure ou par simple caprice. Les migrations massives en provenance des pays du Sud s'enracinent profondément dans un système qui, depuis des siècles, appauvrit les populations, détruit les économies locales et fragilise les conditions de vie les plus élémentaires.


Il s'agit en réalité d'une fuite, et non d'un voyage. C'est un déplacement forcé déguisé en choix individuel.

L’Europe, l’Amérique du Nord et les grandes puissances érigent leurs frontières comme des murs, tandis que l’Afrique et l’Amérique latine deviennent de plus en plus des territoires d’expulsion. Le discours dominant systématiquement blâme les migrants : ils viendraient pour profiter des aides sociales, ils refuseraient de travailler et, de fait, ils constitueraient un problème.


Mais ce discours ne prend jamais en compte la situation dans son ensemble. Il ne se demande jamais pourquoi ils marchent, qui a détruit leurs économies, ce qui les a forcés à tout abandonner.


L'Europe comme forteresse blanche

Depuis le milieu du XXe siècle, l'Europe a reconstruit son identité comme une forteresse. Non pas une simple frontière géographique, mais une construction imaginaire : l'« Europe » comme civilisation, sécurité, modernité, organisation, blanche. Une bulle entretenue par la richesse qu'elle continue d'extorquer au reste du monde.


À mesure que la richesse européenne continue de s'accumuler, ses frontières se rigidifient :

  • Des chars d'assaut en Méditerranée.

  • Patrouilles dans le Sahara financées par Bruxelles.

  • Des lois sur l'immigration de plus en plus restrictives.

  • Des centres de détention en Libye financés par des fonds européens.


L’Europe a externalisé sa frontière : aujourd’hui, les migrants sont arrêtés avant même d’arriver, avant même de respirer, avant même d’exister pour les statistiques.


Pendant ce temps, les pays du Sud, qui n'ont jamais reçu de réparations historiques pour des siècles de pillage, sont confrontés à des crises économiques orchestrées depuis des bureaux lointains. Et lorsque leurs citoyens fuient, l'Europe les accuse : « ils envahissent », « ils font s'effondrer le système », « ils menacent la culture ».

C'est le comble du cynisme : je vous appauvris et ensuite je vous reproche de fuir la pauvreté.

L’Afrique et l’Amérique latine comme champs d’expulsion

La migration ne commence pas au moment où une personne franchit une frontière. Elle commence lorsqu'un pays se retrouve pris au piège d'un cycle de migration.


  • Dette éternelle.

  • Extraction de minéraux et de matières premières sans valeur ajoutée.

  • Privatisations obligatoires.

  • Terres fertiles converties en monocultures destinées à l'exportation.

  • Les industries locales détruites par le libre-échange.

  • Des salaires qui ne permettent pas de faire vivre un être humain.


L'Afrique et l'Amérique latine sont devenues des zones sacrifiées , où les ressources sont exploitées, extraites et jetées.


Et quand il ne reste plus rien, quand les gens n'ont plus les moyens de se procurer du riz, du lait ou de l'électricité, la seule issue est la route, le désert, la jungle, la mer :


  • Des enfants traversent le Darién.

  • Des jeunes disparus dans le Sahara.

  • Des femmes vendues sur les marchés clandestins libyens.

  • Des familles entières englouties par la Méditerranée.


Ils n'émigrent pas par choix. Ils émigrent parce que rester signifie une mort lente. Mais le Nord préfère parler de « migration illégale ». Le système qui en est la cause est illégal.


Le discours qui criminalise tout en en tirant profit


L'ironie du sort : les mêmes pays qui ferment aujourd'hui leurs frontières continuent de voler les talents du Sud : médecins, infirmières, ingénieurs, main-d'œuvre bon marché et jeunes qui financeront leurs retraites.

Ces mêmes pays qui bloquent les visas achètent des minéraux africains à des prix dérisoires, du pétrole, du café, du cacao, des fruits tropicaux et une main-d'œuvre bon marché d'Amérique latine pour leur agriculture, la construction et le nettoyage.


Le Nord a besoin du Sud appauvri :


  1. Poursuivre l'extraction.

  2. Pour continuer à recruter des travailleurs « flexibles ».

  3. Pour justifier leur supériorité morale.

Les migrants sont nécessaires, mais non désirés. Ils sont exploités, mais non traités avec dignité. On leur impose des exigences, mais on ne les reconnaît pas.

Migration forcée contre extraction de richesse


Les chiffres sont éloquents :


  • L'Afrique perd plus de 100 milliards de dollars par an à cause de la fuite des capitaux, de l'évasion fiscale des entreprises étrangères et de l'exploitation des ressources.

  • En Amérique latine , plus de 70 % des bénéfices des entreprises issus des secteurs extractifs finissent hors de la région.

  • Pour chaque dollar d’« aide au développement » que reçoit le Sud, entre 3 et 7 dollars retournent au Nord sous forme de dette, d’intérêts et de rapatriement des profits.


Alors que ces économies se vident de leurs habitants, plus de 80 millions de personnes dans les pays du Sud migrent chaque année par nécessité, et non par choix.


L'équation est simple :


L’extraction des richesses du Sud → l’appauvrissement de la population → la migration de la population → la criminalisation du migrant → l’extraction des richesses se poursuit.




Glossaire:


Le Darién (ou Darién Gap) — Région de jungle dense reliant la Colombie et le Panama, considérée comme l'une des voies de migration les plus dangereuses et impraticables au monde. Dans le texte, elle symbolise le désespoir de ceux qui fuient l'Amérique du Sud vers le Nord.


Externalisation des frontières — Stratégie géopolitique par laquelle des puissances (comme l'UE ou les États-Unis) financent et délèguent le contrôle des migrations à des pays de transit tiers afin de retenir les migrants avant qu'ils n'atteignent leur territoire légal. Exemple : financement européen de patrouilles dans le Sahara ou de centres en Libye.


Fuite des capitaux — Sortie massive d'actifs et d'argent d'un pays vers un pays étranger, souvent par le biais de l'évasion fiscale des entreprises ou du rapatriement des bénéfices, empêchant ainsi la richesse générée d'être réinvestie dans le pays d'origine.


Secteurs extractifs — Industries basées sur l'extraction de ressources naturelles (mines, pétrole, gaz) destinées à l'exportation sous forme de matières premières, sans génération de valeur ajoutée ni industrialisation dans le pays producteur.


Sud global — Un terme géopolitique qui regroupe les pays en développement (principalement en Amérique latine, en Afrique et en Asie) qui, au-delà de leur situation géographique, partagent une histoire de colonialisme et d'inégalités économiques par rapport au « Nord global ».


Zones sacrifiées — Territoires dégradés de façon permanente sur les plans environnemental et économique en raison d'une exploitation industrielle intensive, où le bien-être de la population locale est subordonné aux intérêts du marché mondial.


 
 
 

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Paola Marmolejos è una scrittrice e imprenditrice con una forte vocazione per la ricerca e il pensiero critico. Ha iniziato i suoi studi in giornalismo spinta dal desiderio di comprendere la realtà e raccontarla con rigore, soprattutto laddove il discorso diventa scomodo o viene deliberatamente silenziato.

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