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Le réveil : les peuples qui ne se rendent pas et résistent

  • 25 févr.
  • 6 min de lecture

Comment affronter le colonialisme par la vie, les mots, le corps et la mort




Le colonialisme, ancien et nouveau, a toujours eu une mission : convaincre les colonisés qu'ils n'ont pas la force de se soulever.


Mais il y a une chose que les empires ne comprennent jamais : les peuples ne font que paraître endormis. Ils ne sont jamais vaincus.


Il arrive toujours un moment où les cœurs s'éveillent, même si l'histoire a tenté de les enterrer.


Ce réveil n'est pas un événement soudain. C'est un processus silencieux qui s'accumule au fil des siècles, nourri par la douleur, l'humiliation, les souvenirs, la colère et l'amour.


Et de cette prise de conscience naît la résistance.


La résistance n'est pas seulement une lutte : elle est identité, dignité, communauté et, surtout, la certitude qu'un peuple vaut plus que le pouvoir qui l'opprime.


Comment les gens s'éveillent-ils ?


Les gens prennent conscience de la situation lorsqu'ils réalisent que leur histoire a été volée, leurs terres exploitées, leurs corps violés et leur avenir hypothéqué.


Ils s'éveillent lorsqu'ils comprennent que le colonialisme n'a pas pris fin, mais a simplement changé de forme.


Ils s'éveillent par le souvenir

Nul n'oublie jamais. Chaque grand-parent qui relate une injustice, chaque mère qui parle de son enfant disparu, chaque communauté qui se souvient de son passé… est une étincelle d'éveil.


Ils s'éveillent pour la dignité

La dignité est la partie de l'âme qui refuse les chaînes, même lorsque le corps est épuisé.


Ils se réveillent en souffrant

Les blessures ne guérissent pas si on ne les nomme pas. Nommer les dommages causés par le colonialisme est le premier acte de liberté.


Ils s'éveillent pour l'amour

À la terre, aux ancêtres, à la culture, aux enfants.


L'amour est un moteur révolutionnaire plus puissant que la haine.


Comment résister au colonialisme ?


La résistance ne se limite pas à la guérilla ou aux manifestations. C'est beaucoup plus large, plus humain, plus quotidien.


Elle résiste en prenant soin de la terre

Les peuples autochtones qui défendent leurs forêts confrontent les multinationales les plus puissantes du monde avec quelque chose que le monde ne comprend pas : l’esprit et le territoire.


Il résiste en enseignant la vérité

Tout enseignant qui remet en question le programme scolaire eurocentré est un guerrier de l'éducation.


Il résiste en écrivant

De Fanon à Angela Davis, d'Eduardo Galeano à Ngũgĩ wa Thiong'o, la parole était une arme contre l'empire.


Résiste à l'organisation des communautés

Coopératives paysannes, économies solidaires, mouvements afrocentriques… sont des tranchées quotidiennes.


Elle résiste par son existence

Pour un peuple colonisé, exister avec sa langue, sa peau, sa foi, sa danse, son rythme, ses rires est une victoire.




Celles et ceux qui ont dénoncé le colonialisme : les voix que le pouvoir a tenté de faire taire


L'histoire de la résistance est aussi l'histoire de ceux qui ont osé s'exprimer et qui l'ont payée de leur vie.


Voici quelques-unes des voix les plus courageuses du Sud global – et comment elles ont été réduites au silence :


Thomas Sankara (Burkina Faso)

Il a dénoncé la dette, le pillage et l'impérialisme français.

Il a été assassiné en 1987 lors d'un coup d'État soutenu depuis l'étranger.

Son rêve était simple : « un pays digne ».


Patrice Lumumba (Congo)

Il a libéré le Congo de la Belgique et a dénoncé le néocolonialisme minier.

Il a été kidnappé, torturé et assassiné en 1961 avec le soutien de la CIA et de la Belgique.

Son corps a été dissous dans de l'acide pour effacer les preuves.


Berta Cáceres (Honduras)

Il a défendu les rivières sacrées contre les compagnies hydroélectriques transnationales.

Assassinat en 2016 ; des preuves indiquent des liens avec des intérêts corporatifs et politiques.


Marielle Franco (Brésil)

Conseillère municipale afro-brésilienne, féministe et défenseure des droits dans les favelas.

Assassinat commis en 2018 ; ce crime reste entouré de structures de pouvoir politiques et paramilitaires.


Ken Saro-Wiwa (Nigeria)

Il a dénoncé Shell pour la destruction du territoire Ogoni.

Exécuté en 1995 par la dictature nigériane soutenue par les intérêts pétroliers.


Dom Phillips et Bruno Pereira (Brésil)

Assassinée en 2022 pour avoir dénoncé la mafia environnementale en Amazonie.


Samir Flores (Mexique)

Un défenseur nahuatl assassiné pour s'être opposé à des mégaprojets énergétiques.


Chico Mendes (Brésil)

Martyr de la lutte amazonienne, assassiné en 1988 pour avoir défendu les forêts.


Ces noms ne sont qu'une ligne dans un vaste univers de luttes. Il y en a des milliers d'autres, inconnus, anonymes, invisibles, morts sans faire la une des journaux, enterrés sans justice.


Ils ont tous quelque chose en commun : ils sont morts en défendant la vie contre la mort organisée par le capital et le néocolonialisme.


Militants tués dans les pays du Sud : une statistique d'horreur


Selon Global Witness, plus de 1 700 militants écologistes ont été tués au cours de la dernière décennie, principalement dans :


  • Amérique latine (principalement Colombie, Brésil, Mexique, Honduras),

  • Afrique (République démocratique du Congo, Afrique du Sud),

  • Asie (Philippines, Inde).


Ces meurtres ne sont pas des accidents.

Ce sont des décisions.

Ce sont des avertissements.

Ce sont des outils du capital pour perpétuer le pillage.


Les causes de ces meurtres sont les suivantes :


  • Exploitation minière,

  • Huile,

  • Agroalimentaire,

  • centrales hydroélectriques,

  • Exploitation forestière illégale,

  • Trafic de drogue,

  • Conflits territoriaux,

  • Projets touristiques et énergétiques.


Chaque militant assassiné représente un territoire privé de voix.


Chaque territoire privé de voix est une entreprise étrangère qui progresse.


Qu’est-ce qui maintient la résistance en vie ?


Malgré la douleur, la mort et le silence, il y a une chose que les empires ne pourront jamais tuer :


Le souvenir

Le colonialisme tue les corps, mais pas les mémoires. Et un peuple qui a une mémoire est un peuple dangereux.


Spiritualité

Le lien à la terre permet à l'esprit de tenir bon même face à la terreur.


Femmes

Les femmes des pays du Sud sont l'épine dorsale de tous les mouvements de résistance. Ce sont elles qui soutiennent, organisent, éveillent les consciences, nourrissent et protègent.


Jeunesse

Ce sont les nouveaux guerriers de la vérité, enfants de l'histoire, petits-enfants de la dignité qui renaît.


Le besoin de vivre dans la dignité

Personne ne souhaite mourir sous la contrainte. La liberté n'est pas une utopie : c'est un instinct.


Conclusion:

« Les empires tuent, mais les peuples renaissent. Car la résistance ne s’apprend pas : elle s’hérite. »

Le colonialisme dispose d'armes, d'argent, de lois, d'entreprises, de traités et de propagande.


Mais le peuple possède quelque chose qu'aucune puissance n'a pu détruire :


Son esprit, sa mémoire, sa soif de justice.

Tant qu'il y aura une femme qui protège une rivière,

Un jeune homme qui crie la vérité,

Un agriculteur qui sème ses graines,

Un professeur qui enseigne l'histoire cachée,

Une communauté qui n'abandonne pas ses terres,


Le colonialisme ne dormira jamais en paix.


La résistance des pays du Sud n’est pas un chapitre du passé :


C'est le cœur du présent.

C'est le pouls qui bat sous chaque injustice.

C'est le rappel éternel que la dignité humaine ne capitule pas.




Glossaire:


Eurocentrique — Adjectif qualifiant une vision du monde qui considère l'Europe et sa culture comme le seul modèle valable de progrès et de civilisation, marginalisant l'histoire et le savoir des autres peuples. Exemple : Le texte critique le « programme eurocentrique » enseigné dans les écoles comme une vérité absolue.


Favela — Un bidonville brésilien, caractérisé par une forte densité de population et un manque de services essentiels, qui a historiquement été un foyer de résistance culturelle et politique. Contexte : Le lieu où Marielle Franco a développé son militantisme pour la défense des droits humains.


Global Witness — Organisation non gouvernementale (ONG) internationale qui enquête et dénonce les liens entre l'exploitation des ressources naturelles, les conflits armés, la pauvreté et la corruption. À utiliser dans le texte : Source principale de statistiques sur les assassinats de défenseurs des terres.


Nahuatl — Le peuple indigène le plus nombreux du Mexique et sa langue (descendants des Aztèques), dont les communautés opposent une forte résistance aux mégaprojets énergétiques sur leurs territoires.


Ogoni — Peuple autochtone du delta du Niger (Nigeria) ayant subi d'importantes dégradations environnementales dues à l'extraction pétrolière par des multinationales telles que Shell. Contexte : La cause pour laquelle l'écrivain Ken Saro-Wiwa a combattu et a été exécuté.


Sud global — Un terme géopolitique qui regroupe les pays en développement d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, définis non seulement par leur situation géographique, mais aussi par une histoire commune de colonialisme et d'inégalités économiques par rapport au « Nord global ».


 
 
 

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Paola Marmolejos est une écrivaine et entrepreneuse passionnée par la recherche et l'esprit critique. Elle a entrepris des études de journalisme, animée par le désir de comprendre la réalité et de la relater avec rigueur, notamment lorsque le discours devient gênant ou est délibérément étouffé.

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